Chronologie de la Bretagne

par Joël Cornette

 

Les âges lointains

Entre 700 000 et 500 000. Premières traces humaines. Présence de bifaces en quartz et quartzite sur les terrasses anciennes de la Vilaine (Ille-et-Vilaine). Éclats de silex retouchés dans la crique de Saint-Colomban à Carnac (Morbihan)

Vers 100 000. Au Mont-Dol (Ille-et-Vilaine), traces de chasse de grands mammifères : mammouths, rhinocéros, bisons…

Vers 10 000. À la suite de la disparition de la steppe gelée remplacée par des forêts de pins, de bouleaux et de chênes, la vie humaine se concentre sur le littoral. Évolution vers la sédentarisation.

Vers 8 000. Une population clairsemée de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs vit dans la péninsule armoricaine. À Téviec (Morbihan), découverte des plus anciens squelettes d’habitants de la (future) Bretagne, enterrés dans des tombes soigneusement scellées par des couches de pierres.

Vers 5000, 4500. Lente migration des “ hommes des mégalithes ” à partir du foyer rayonnant méditerranéen. L’économie passe progressivement du stade de la chasse et de la cueillette à celui de l’agriculture : c’est la “ révolution agricole néolithique ”. Artisanat de la poterie ; fabrication de haches de dolérite A. Erection des monuments mégalithiques : le plus ancien est le cairn de Barnenez à Plouézoc’h, à l’embouchure de la rivière de Morlaix (Finistère), énorme complexe funéraire.

3700. C’est à cette date qu’on situe les charbons exhumés dans le grand tumulus de Carnac qui domine les alignements de menhirs. 3 000 hommes sans doute ont été nécessaires pour dresser le grand menhir de Locmariaquer (Morbihan).

Vers 2500. Les communautés du néolithique armoricain entrent en contact avec des peuples qui maîtrisent les techniques d’extraction et de travail des métaux. Ces hommes du bronze débarquent, semble-t-il,  à partir de la Manche.

Vers 1800. “ Civilisation des tumulus ” : inhumation individuelle des petits princes d’Armorique, chefs locaux thésaurisant des trésors métalliques.

Entre 1400 et 1000. Le commerce et la compétition économique animent des communautés productrices de bronze. Relations et échanges entre la péninsule ibérique, les îles britanniques et la Bretagne protohistorique.

Entre 1000 et 700. La “ civilisation des Champs d’Urnes ” (incinérations en urnes regroupées en cimetières) effleure l’Armorique.

700-600. La métallurgie du fer qui se développe au nord des Alpes marginalise les communautés atlantiques ; les objets que proposent les bronziers armoricains paraissent de plus en plus archaïques.

Vers 500. Premières traces écrites évoquant les navigations d’Himilcon, un Carthaginois qui passe au large de l’Armorique.

500-100. Déboisements de grande ampleur ; poussée démographique ; économie agro-pastorale ; exploitation du sel marin ; rôle important de Corbilo (Nantes), sur l’une des routes commerciales qu’emprunte le négoce méditerranéen pour atteindre la (Grande) Bretagne (commerce de l’étain) ; des fortifications témoignent d’un habitat “ aristocratique ”.

Vers 325. Pythéas explore les côtes de l’Armorique occidentale.

124. Une nouvelle province romaine est établie au sud de la Gaule, la Narbonnaise. Afflux de marchands en Gaule. Intensification des échanges avec l’Armorique. Les vins italiens constituent une denrée très répandue dans les communautés de l’Armorique de la fin de l’Age de Fer. Les Vénètes sont le “ peuple de beaucoup le plus puissant de toute cette côte maritime ” (César).

58. César devient gouverneur de la Gaule Cisalpine et Transalpine.

57. Début de la conquête par Rome de la Gaule indépendante. À la fin de l’année, l’armée romaine paraît pour la première fois en Armorique.

56. Les Romains réquisitionnent du blé et de la nourriture sur le territoire des Coriosolites et des Vénètes. Refus et révolte. Défaite des Vénètes face aux troupes de César, à la suite d’un combat naval  mené sans doute dans le golfe du Morbihan.

54-51. La résistance des Armoricains se poursuit : ils soutiennent, notamment, Vercingétorix à Alésia.

Hiver 51-50. César installe deux légions “ chez les Turons, à la frontière des Carnutes, pour maintenir dans l’obéissance toute cette région jusqu’à l’Océan ” (César, Guerre des Gaules). L’Armorique semble pacifiée.

 

La Bretagne romaine

27-14 ap. Auguste met en place une organisation des territoires contrôlés par Rome. L’Armorique fait partie intégrante de la Lyonnaise. Elle est divisée en cinq “ cités ”, de l’est à L’ouest : les Namnètes, les Riedones, les Vénètes, les Coriosolites, les Osismes. Création des premières véritables villes comme capitales des cités.

41-68. Les règnes de Claude (41-54) et de Néron (54-68) accélèrent l’intégration économique et culturelle de la Gaule occidentale, comme en témoignent le perfectionnement du réseau routier et l’édification de nombreux monuments urbains.

96-192. Le “ Siècle des Antonins ”, de Nerva (96-98) à Commode (180-192), est marqué, en Armorique comme dans une grande partie de l’Empire, par la “ paix romaine ” : l’ouest de la Gaule manifeste tous les signes d’un développement économique, accompagné par le réaménagement de nombreuses villae, l’édification de monuments funéraires, la mise en place de l’industrie des salaisons sur les côtes, le dynamisme du commerce à longue distance.

244. L’assassinat de l’empereur Gordien III ouvre une longue période d’instabilité politique et militaire dans les provinces occidentales de l’Empire.

249-251. Règne de Trajan Dèce. Francs et Alamans s’infiltrent en Gaule.

260. Création de l’empire “ romain ” des Gaules sous l’impulsion de Postumus. L’Armorique accepte le pouvoir de l’usurpateur et de ses successeurs (Marius, Victorinus, Tétricus).

Années 260. Multiplication des expéditions de pirates vraisemblablement francs ou scots (Irlandais) sur le littoral armoricain. De nombreux enfouissements de monnaie sont datables de cette époque.

274. Victoire d’Aurélien sur Tétricus : l’Armorique retourne dans l’unité impériale.

270-300. Conjonction de raids de pirates francs et saxons et de mouvement sociaux de grande ampleur en Gaule (révolte des bagaudes) : les trésors enfouis à la hâte témoignent de l’ampleur des troubles ; les villes s’enferment derrière des murailles constituées de matériaux arrachés aux bâtiments publics ; les réseaux commerciaux sont disloqués. Le pouvoir impérial réagit en intégrant l’Armorique dans un vaste Tractus Armoricus et Nervicanus, sorte de Mur de la Manche et de l’Atlantique, étendu du Pas-de-Calais à la Gironde. Des Lètes francs sont chargés de la défense de l’Armorique.

306-363. Période constantinienne : un calme relatif semble régner en Armorique, marqué par un renouveau des échanges, une fragile renaissance des villes, la prospérité de certaines villae.

Années 360. Nouveaux ravages du littoral par les pirates francs et saxons.

Années 370-400. Décennies obscures, faute de sources. Ces années sont celles des origines de la Bretagne “ bretonne ” : Rome semble avoir fait appel à des Bretons (de Grande-Bretagne) pour assurer la défense de la Gaule menacée. La légende de Conan Mériadec, premier roi mythique de la petite Bretagne armorique, puise son origine dans ces événements guerriers.

405. Le Rhin est une fois de plus franchi par des peuples germaniques : les Suèves, les Alains, les Vandales…

410. Rome abandonne l’île de (Grande) Bretagne : les Saxons introduits comme mercenaires s’emparent du riche bassin de Londres, amorçant le refoulement des Bretons dans leurs réduits montueux de Cornouailles et du Pays de Galles.

Années 410. L’Armorique est pratiquement autonome, sous la domination de chefs de guerre, parfois déjà chrétiens.

476. Déposition par Odoacre de Romulus Augustule, dernier empereur d’Occident.

 

La Bretagne médiévale

Fin Ve siècle. Les Bretons entrent en contact avec les Francs unifiés par Childéric, père de Clovis, qui conquiert le bassin parisien et veut agrandir ses domaines vers l’ouest.

Vers 510. Un traité de paix est signé entre les Francs et les Bretons armoricains : moyennant certains accommodements de pure forme, Clovis leur concède formellement les cités (territoires) des Osismes et des Coriosolites, sans aucune obligation de tribut ni de service. La signature de ce pacte autorise une accélération de l’immigration bretonne en Armorique, dans le ressort des deux cités devenues la Domnonée.

511-558. Règne de Childebert. Les principaux saints émigrés de Grande-Bretagne en Armorique sont présentés comme contemporains du règne de Childebert, troisième fils de Clovis, roi de la Gaule occidentale.  Pour les moines hagiographes, le roi de Paris personnifie le bon souverain, suffisamment distant pour ne pas s’ingérer dans les affaires bretonnes.

Années 550. L’historien byzantin Procope de Césarée, donne le nom de “ Bretagne ” au territoire jusque là nommé “ Armorique ” (“ pays à côté de la mer ”, ou “ en face de la mer ”). La Bretagne est divisée en trois grandes régions politiques appelées “ royaumes ” : la Domnonée (au nord), la Cornouaille (au sud-ouest), le Bro Weroc (la Bretagne du sud). Pour établir ce dernier “ royaume ”, les Bretons s’installent à Vannes sous la conduite de Waroch.

558. À la mort de Childebert, les petits-fils et les arrière-petits-fils de Clovis se déchirent. Les rapports entre Bretons et Francs ne cessent de se détériorer, notamment parce que les Aquitains rebelles du prince Chrame, en révolte contre Lothaire Ier, cherchent l’appui du roi breton Conoo qui semble avoir contrôlé le Vannetais.

Années 580. Expéditions franques contre